Ce samedi, vous avez décidé de prendre un bon bol d’air frais : une promenade en forêt, les chaussures dans la boue et la tête dans les nuages. Aaah, ça fait du bien non ?
Et si on vous disait que tous ces arbres ont été plantés par une entreprise du CAC40. Une entreprise qui cherche à compenser le trop plein de CO₂ qu'elle émet par ses activités. Oups, désolée de vous gâcher la balade.
Pourtant, aujourd'hui, les entreprises achètent des crédits carbone qui promettent d'atténuer leur empreinte en captant du CO₂ ailleurs : restaurer des mangroves en Indonésie, ou replanter une forêt au Brésil, par exemple.
Mais qu'achète t-on vraiment quand on "compense" du CO₂ ? Ces projets sont-ils efficaces ? Et peut-on encore parler de transition écologique quand on délègue notre empreinte à d’autres ?
Résumé
Maintenant qu'on a parlé conscience écologique et balade en forêt, il va bien falloir rentrer dans le sujet : c’est quoi un crédit carbone ? Une baguette magique climatique ? Un bon point pour grands pollueurs ? Spoiler : ni l’un ni l’autre.
C'est quoi un crédit carbone ?
Un crédit carbone est une unité équivalente à une tonne de CO₂ évitée ou séquestrée. Par exemple, un projet de plantation d’arbres qui séquestre 10 000 tonnes de CO₂ est équivalent à 10 000 crédits carbone. Ces crédits carbone sont vendus par des porteurs de projets à des entreprises, collectivités ou particuliers, qui veulent réduire leurs émissions.
On distingue 2 types de projets qui génèrent des crédits carbone :
→ Les projets d’évitement de CO₂ : projets d’EnR, optimisation d’énergie, ou préservation de forêts primaires existantes.
→ Les projets de séquestration de CO₂ : qui visent à créer ou restaurer des puits de carbone naturels (forêt, agriculture régénératrice, projet océanique) ou technologiques (capture direct du CO₂ dans l’air et stockage par des machines).
- On est mal 🤕 : Pour atteindre la neutralité carbone à échelle mondiale, il faudrait séquestrer 18 à 20 Gt de CO₂ par an. Or, la destruction des écosystèmes naturels et de la biodiversité se poursuit à grande échelle.
- Crédits carbone, super-héros du climat ? 🦸 : Ils prétendent répondre à la crise climatique, en permettant à des entreprises d’investir dans des projets de capture du CO₂ qui visent à restaurer la biodiversité, tout en générant des revenus et de l’emploi local.
- Greenwashing, mon amour 💚 : Une méta-analyse publiée dans la revue Nature en 2024 montrait que seuls 16% des crédits carbone étudiés engendraient réellement une réduction des émissions.
Alors, comment bien utiliser les crédits carbone ? Et peuvent-ils vraiment contribuer à la réduction des émissions de CO₂ ?
Fais-moi le crédit, j'ai trop de carbone
Avant de trancher, il faut comprendre une chose : un crédit carbone n’efface rien par magie. Il finance un projet qui, quelque part sur Terre, évite ou capture du CO₂. Toute la question est de savoir comment on l’utilise.
- Contribuer ou compenser, that is the question ⚖️ : Les crédits carbone peuvent être utilisés pour compenser les impacts négatifs des entreprises.Or ils ne sont pas là pour “contrebalancer” des dégâts mais pour financer des réductions supplémentaires, au-delà des efforts déjà réalisés.
- Incompressibles, vraiment ? 🧱 : Donc les crédits carbone doivent concerner en priorité les émissions résiduelles ou incompressibles qui persistent malgré les efforts déjà réalisés en Scope 1 (émissions directes) , 2 (émissions indirectes, comme l'électricité nécessaire à l'activité) et 3 (émissions liées aux achats de matières premières, services, transports de marchandises...etc)
- Nature (1) - Technologie (0) 🧮 : Les projets basés sur la nature (puits naturels de carbone) sont moins coûteux et plus facilement déployables que les solutions technologiques qui nécessitent extraction des ressources et infrastructures.
Carbonade pas flamande
Moins brouillon, mieux encadré, plus exigeant : le marché du carbone se structure. Entre impact mesuré, certifications renforcées et nouveaux projets “premium”, une nouvelle génération de crédits carbone pourrait changer la donne.
- + de crédits, - d’émissions ? 🤹 : Les entreprises utilisant les crédits carbone ont baissé leurs émissions de 6% quand celles qui n’y ont pas recours les baissent de 3% (selon MSCI.)
- Passe ton certif’ d’abord 🛂 : Le marché se durcit. Les projets carbone doivent désormais passer par des certifications solides, sous peine d’être recalés. La preuve ? Verra, l’un des principaux organismes du secteur, a récemment refusé une quarantaine de projets de riziculture en Chine jugés peu fiables.
- 50 nuances de carbone 🌈 : Certains crédits carbone montent en gamme, notamment ceux issus du blue carbon. Ces écosystèmes humides (mangroves, tourbières) attirent de plus en plus grâce à leur très fort potentiel de séquestation du CO₂.
Le marché des crédits carbone 🔎
✔️ Viser la lune : 16.3 milliards de dollars ont été investis dans des projets carbone en 2024, vs. 17 milliards de dollards entre 2021 et 2023. Le marché s’accélère, avec de fortes perspectives de croissance.
✔️ Miser sur la nature : Un crédit carbone "nature-based" est estimé à ~35 $/tonne, contre ~180$/tonne pour les crédits basés sur la technologie.
✔️ Tables de multiplication : Le marché mondial des crédits carbone volontaires a été estimé à 4 Md$ de dollars en 2024 et pourrait atteindre les 24 Md$ d’ici 2030, soit une multiplication par 6.
Notre analyse
Chez Lita, nos analystes passent leurs journées à décortiquer les innovations écologiques & solidaires. Voici leur point de vue sur les crédits carbone :
Les obstacles :
- Pas tous de bons élèves : La qualité des crédits carbone est un facteur clé, et en 2024, la croissance a été limitée, du fait d’enjeux d’intégrité du marché.
- Sois jeune et tais-toi : Le marché volontaire du carbone reste jeune et soumis à une volatilité des prix, qui varie selon la demande.
- Savoir bien s’entourer : Pour être solides, les projets doivent s’appuyer sur des partenaires locaux fiables, capables de garantir transparence et suivi dans la durée.
Pourquoi on mise dessus :
- Plus le choix : L’UE vise -90 % d’émissions d’ici 2040 (vs 1990). Même en réduisant très fort, il restera des émissions résiduelles : les crédits carbone de qualité seront nécessaires.
- Fin du Far West : Encadrement européen, certifications renforcées (Verra, Gold Standard…), audits plus stricts, le “Far West” du carbone, c’est bientôt derrière nous ?
- Le combo parfait : Les projets de crédits carbone bien encadrés combinent séquestration du carbone, protection de la biodiversité et bénéfices sociaux.
Les crédits carbone ne sauveront pas la planète à eux seuls. Mais utilisés avec rigueur, ils peuvent restaurer des écosystèmes entiers, créer des emplois locaux et réhabiliter des territoires dégradés. On s'y met ?




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