La Solive forme des personnes en reconversion aux métiers de la transition énergétique du bâtiment. Sur des campus physiques répartis dans toute la France, l'école accompagne des profils très divers pour répondre à un constat simple : le principal frein à la rénovation énergétique n'est pas technique, il est humain. Rencontre avec Côme de Cossé Brissac, cofondateur de La Solive avec Ariane Komorn, à l'occasion de la levée de fonds citoyenne de l'entreprise.
Résumé
Côme de Cossé Brissac, cofondateur de La Solive, revient sur la genèse du projet : un constat de pénurie de main-d'œuvre dans les métiers manuels de la rénovation énergétique, identifié pendant son passage dans un cabinet ministériel. Il détaille les métiers auxquels forme La Solive, la diversité des profils accueillis, l'objectif de former plus de 10 000 personnes d'ici 2029, l'enjeu de la féminisation du secteur, et les raisons qui ont poussé La Solive à lever des fonds auprès des citoyens via Lita.
Pouvez-vous présenter La Solive en quelques mots ?
La Solive forme des personnes en reconversion sur les métiers de la transition énergétique du bâtiment. Ce sont des profils qui ont déjà une première expérience professionnelle, généralement entre 25 et 55 ans. La formation se fait sur des campus physiques, car ces métiers demandent beaucoup de pratique des gestes métiers. On est aujourd'hui présents à Paris, Lyon, Nantes, Marseille, Toulouse et Lille.
D'où vient le constat que le principal frein à la transition énergétique est humain ?
Le constat de départ, c'est qu'il y a une pénurie de main-d'œuvre dans les métiers manuels de façon générale, pas seulement dans la rénovation énergétique. Or 80 % des métiers créés par la transition énergétique sont des métiers manuels, des métiers de techniciens ou d'artisans. Ce double constat a fait tilt : si tu cherches un artisan aujourd'hui, tu galères à en trouver, tout simplement parce qu'il manque des personnes pour faire le travail.
Avant de fonder La Solive, je travaillais au cabinet de la ministre du Logement, sur les politiques publiques de rénovation énergétique et de construction neuve. On échangeait avec beaucoup d'entreprises à ce moment-là, et elles nous remontaient toutes qu'un de leurs principaux problèmes, c'était le manque de main-d'œuvre. C'est cette expérience de terrain qui a permis de donner corps à un constat jusque-là assez peu entendu dans la société.

Quels sont concrètement les métiers auxquels forme La Solive ?
Il y a un vrai sujet de connaissance des métiers, plus que d'attractivité à proprement parler. Des métiers comme électricien, plombier ou maçon sont bien identifiés. Mais derrière ces intitulés se cachent des dizaines de déclinaisons possibles : refaire une salle de bain, installer une pompe à chaleur ou installer une chaudière à gaz n'ont rien à voir entre eux.
Notre enjeu, c'est d'identifier des métiers « source », comme plombier chauffagiste, technicien de maintenance ou électricien, suffisamment reconnus pour capter les candidats, puis de les accompagner vers des déclinaisons plus spécifiques et moins connues, comme installateur de pompes à chaleur ou câbleur.
Le métier de technicien de maintenance CVC illustre bien ce travail : cette personne réalise les diagnostics et les réparations des équipements de chauffage et de climatisation, nettoie les filtres, vérifie les branchements, contrôle les codes défaut. Un entretien simple, mais qui permet de s'assurer que les équipements installés restent performants dans la durée.
Quel est le profil type d'un élève de La Solive ?
Avec près de 2 000 élèves déjà formés, on constate qu'il n'existe pas un mais des profils types, souvent propres à chaque formation.
Sur la formation de chef de projet en rénovation énergétique, on retrouve des personnes qui gravitent déjà autour de l'immobilier et du bâtiment, des marchands de biens ou agents immobiliers, des chefs d'entreprise, qui viennent chercher une compétence spécifique, aux côtés de personnes en reconversion complète, venues d'univers très différents.
Sur la formation de plombier chauffagiste, on retrouve plutôt des profils ayant enchaîné plusieurs métiers, souvent logistique, bâtiment, VTC, et qui cherchent un métier concret, stable et bien payé. Environ deux tiers des élèves qui rejoignent ces formations envisagent, à terme, de monter leur propre entreprise.
Au global, un tiers des élèves vient déjà de l'univers du bâtiment, de l'immobilier ou des matériaux. Les deux tiers restants viennent d'ailleurs : on a vu d'anciens footballeurs pro comme des chefs d'entreprise.
Pourquoi cibler spécifiquement des profils en reconversion ?
Les métiers du bâtiment sont, depuis quarante ans, peu valorisés par les jeunes générations, souvent perçus comme des orientations subies plutôt que choisies. Résultat : sur les vingt dernières années, le secteur a compté en moyenne deux fois plus de départs à la retraite que de jeunes entrant dans les filières.
Le secteur a donc dû structurellement se tourner vers la reconversion, un mouvement qui s'accélère depuis quelques années. On s'est positionnés sur ce créneau car c'est là que la passerelle manquait : les dispositifs pour les jeunes, comme les CFA du BTP, existent déjà partout en France.
À 25, 30 ou 40 ans, la maturité et les attentes ne sont pas les mêmes qu'à 16 ans. Et quand à 25 ans tu t'es orienté vers la banque et que tu réalises que tu vas plafonner entre le SMIC et le SMIC + 100€ toute ta vie derrière un bureau, tu te rends compte que ton pote qui a commencé dans le BTP est payé 50 % de plus que toi, qu'il s'éclate sur ses chantiers et qu'il va bientôt monter sa boîte, ça te fait réfléchir.
Ces profils, souvent en quête de stabilité, ont posé un vrai choix de reconversion sur la table : un critère qui compte aussi beaucoup pour les entreprises qui les recrutent.

Où en est la France sur la rénovation énergétique de son parc immobilier ?
Un tiers du parc immobilier français a été construit entre les années 1950 et 1970, pendant le grand boom de la reconstruction d'après-guerre. Ces logements, souvent mal isolés et chauffés au fioul, constituent aujourd'hui le cœur des passoires énergétiques. Par rapport à d'autres pays européens, on accuse un certain retard, sans être les plus mauvais élèves.
La hausse continue des prix de l'énergie devrait progressivement rendre les travaux de rénovation plus rentables économiquement. Le paysage des aides publiques, comme MaPrimeRénov' et les certificats d'économies d'énergie, a permis d'inciter certains travaux, mais leurs règles qui évoluent en permanence ont aussi créé beaucoup de flou sur ce qu'il faut faire et à quel moment.
Le principal moteur des travaux de rénovation énergétique reste avant tout le confort, été comme hiver, plus que la seule dimension financière. L'avantage de la transition énergétique dans le bâtiment, c'est qu'on sait exactement ce qu'on doit faire : isoler les bâtiments, installer des pompes à chaleur. La vraie question, c'est de passer à l'action, de le financer, et d'avoir les personnes pour faire ces travaux.
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Quel est le chemin de La Solive pour former 10 000 personnes d'ici 2029 ?
Notre feuille de route repose d'abord sur la montée en puissance des formations existantes : à effectif de campus constant, on pourrait déjà reconvertir deux à trois fois plus de personnes qu'aujourd'hui, en se rapprochant davantage des entreprises partenaires et en allant chercher plus de candidats.
Elle passe aussi par l'ouverture de nouveaux métiers, dont la formation d'électricien qui ouvrira l'année prochaine, et de nouveaux formats : la montée en compétences des salariés des entreprises partenaires sur les nouvelles technologies et les énergies renouvelables, ainsi que des formations dédiées aux particuliers qui souhaitent réaliser eux-mêmes leurs travaux de rénovation énergétique, un segment qui représente près d'un quart des chantiers.
Au-delà de 2029, on envisage l'ouverture de nouveaux campus, voire une extension à l'international, et de nouveaux services pour les entreprises partenaires.
Le secteur du BTP est historiquement peu féminisé. Comment La Solive agit-elle sur ce sujet ?
Aujourd'hui, entre 20 et 25 % des élèves de nos promotions sont des femmes, alors que seulement environ 5 % des candidatures qu'on reçoit proviennent de femmes. Ce chiffre s'explique en partie par l'image encore très masculine de ces métiers, qui freine les femmes à envisager une reconversion dans ce secteur.
L'un des principaux freins, c'est le manque de figures et de modèles auxquels s'identifier. On met donc en avant des témoignages de femmes qui ont réussi leur reconversion, et on propose des événements et des messages spécifiquement adressés aux femmes en réflexion. C'est aussi un sujet porté personnellement par Ariane Komorn, cofondatrice de La Solive.
Les entreprises partenaires, elles, sont demandeuses, et nous disent souvent : « si vous avez une femme, envoyez-la-moi directement, ça change tellement de choses dans mes équipes ! »
À quoi ressemblera le secteur du bâtiment dans dix ans si La Solive atteint ses objectifs ?
Un secteur du bâtiment ayant réussi sa transition énergétique, c'est un secteur où les nouveaux entrants, jeunes ou moins jeunes, sont devenus moteurs du changement au sein des entreprises, où les compétences clés de la transition énergétique sont largement maîtrisées, et où les entreprises elles-mêmes deviennent motrices pour aller plus loin dans la performance énergétique et la baisse de la consommation.

Pourquoi avoir choisi de lever des fonds auprès du grand public via Lita ?
Cette levée de fonds répond à une envie de longue date : associer au projet celles et ceux qui le font vivre au quotidien, élèves, formateurs, entreprises partenaires, en leur permettant d'y prendre part concrètement, y compris financièrement.
Les enjeux de rénovation énergétique, de formation, de compétence et de reconversion parlent vraiment à tout le monde. Il nous semblait important que les personnes qui s'y intéressent puissent suivre l'aventure et y prendre part.
Ce choix intervient aussi à un moment propice : après plusieurs années à défricher et à valider notre modèle, on entre dans une phase de passage à l'échelle, un contexte qui se prête bien à l'arrivée d'investisseurs plus prudents.
Un exemple de trajectoire qui illustre l'ascenseur social permis par La Solive ?
Je pense à Hakim, en France depuis une quinzaine d'années, qui avait enchaîné les missions d'intérim et les « métiers invisibles » sans jamais dépasser six mois d'ancienneté. Après sa formation à La Solive, Hakim est resté un an et demi dans la même entreprise, a été augmenté, et gagne aujourd'hui environ 3 000 euros nets par mois, un niveau de vie qu'il n'avait jamais connu.
Il y a aussi l'histoire de Romain, qui travaillait dans l'industrie automobile et plafonnait depuis plusieurs années. Sur les conseils d'un ami, il a testé une formation à La Solive, où il a excellé. Un an après son embauche, il a annoncé à son employeur qu'il souhaitait monter sa propre entreprise ; ce dernier l'a soutenu en lui confiant des chantiers pour démarrer. Romain dirige aujourd'hui sa propre structure, avec suffisamment de chantiers pour accueillir à son tour un alternant de La Solive.
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Vous aussi, accélérez la transition énergétique en soutenant l'école de référence qui forme des personnes en reconversion aux métiers en tension du bâtiment et de l'énergie.



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