Passoires l'hiver, bouilloires l'été : une part importante des logements français n'est plus adaptée au climat actuel. Rénover le parc existant est l'un des chantiers les plus structurants de la transition écologique, mais aussi l'un des plus complexes. Nous en avons parlé avec Côme de Cossé-Brissac, cofondateur de La Solive, école de reconversion aux métiers de la rénovation énergétique.
Résumé
- Au 1er janvier 2025, la France comptait environ 3,9 millions de résidences principales classées F ou G au DPE.
- La réforme du DPE de janvier 2026 a fait sortir environ 850 000 logements du statut de passoire, sans travaux.
- Le bâtiment devra pourvoir environ 635 000 postes d'ici 2030, entre départs en retraite et nouveaux besoins liés à la rénovation.
- La Solive ouvre pour la première fois son financement aux citoyens, via une levée en obligations à 9 % par an sur 4 ans.
Passoire, bouilloire : de quoi parle-t-on ?
La passoire énergétique a une définition légale : il s'agit d'un logement classé F ou G au diagnostic de performance énergétique (DPE). Concrètement, c'est un logement si mal isolé ou si mal chauffé que ses occupants paient très cher pour se chauffer, sans toujours y parvenir. Selon l'Observatoire national de la rénovation énergétique, environ 3,9 millions de résidences principales étaient dans ce cas au 1er janvier 2025, soit 12,7 % du parc.
La bouilloire thermique, elle, n'a aucune définition légale. Le terme désigne les logements où l'on a trop chaud l'été, un phénomène renforcé par le réchauffement climatique. Il vient parfois bousculer les réflexes de la rénovation : un logement très bien isolé mais mal ventilé peut devenir une bouilloire.
Le 1er janvier 2026, le coefficient de conversion de l'électricité en énergie primaire utilisé dans le calcul du DPE est passé de 2,3 à 1,9. Résultat : environ 850 000 logements, surtout chauffés à l'électricité, ont quitté les classes F et G. Pour Côme de Cossé-Brissac, il ne faut pas focaliser le débat sur l'étiquette : un logement classé E n'est pas beaucoup plus confortable qu'un logement F, et il sera lui aussi interdit à la location en 2034.
Un marché plus large qu'on ne le pense
Selon lui, l'entretien-rénovation des bâtiments représente environ 120 milliards d'euros par an en France, dont 30 à 35 milliards de travaux purement énergétiques. Les aides publiques (MaPrimeRénov' et certificats d'économies d'énergie) pèsent autour de 4 milliards d'euros : un déclencheur important, mais pas le moteur principal du marché.
Deux moteurs avant tout : le confort thermique et la rentabilité des travaux sur la facture d'énergie
Côme de Cossé-Brissac pointe surtout un pilotage « stop and go » des aides : priorité aux gestes isolés entre 2021 et 2023, puis aux rénovations globales en 2024 et 2025, et aujourd'hui recentrage sur les pompes à chaleur. Ces changements fréquents créent de l'attentisme chez les particuliers et poussent certaines entreprises à se retirer du marché aidé.
635 000 postes à pourvoir d'ici 2030
France Stratégie estime qu'environ 635 000 postes seront à pourvoir dans les métiers du bâtiment d'ici 2030. La majorité correspond au remplacement des départs en retraite, dans un secteur à la pyramide des âges défavorable. S'y ajoutent entre 170 000 et 250 000 emplois supplémentaires liés à la rénovation énergétique, qui mobilise plus de main-d'œuvre que la construction neuve.
La grande majorité de ces besoins concerne des métiers manuels : techniciens, artisans, installateurs. Et ils varient selon les territoires : un chauffagiste des Ardennes n'installe pas les mêmes équipements qu'un chauffagiste marseillais. La rénovation part toujours d'un existant, ce qui la rend difficile à industrialiser.
La reconversion, un vivier à structurer
Fondée en 2021, La Solive forme des adultes en reconversion aux métiers de la rénovation énergétique : chef de projet, conducteur de travaux, plombier chauffagiste spécialisé en pompes à chaleur, technicien de maintenance CVC, électricien. L'école compte six campus (Paris, Lyon, Nantes, Marseille, Toulouse, Lille) et forme un peu plus de 1 000 personnes cette année.
Deux formats coexistent : une formation intensive d'environ quatre mois, financée par l'apprenant, et un parcours en alternance (trois mois de formation puis environ un an en entreprise) financé par l'employeur. Le principal frein observé : l'idéalisation de métiers porteurs de sens mais physiquement exigeants. L'équipe accompagne donc chaque candidat pour tester et affiner son projet.
Financer La Solive sur Lita
Pour la première fois, La Solive ouvre son financement à sa communauté et aux citoyens, via une levée en obligations sur Lita, rémunérée à 9 % par an sur 4 ans. Les fonds serviront à ouvrir de nouvelles formations et de nouveaux campus, et à financer le besoin en fonds de roulement de l'école, lié aux délais de paiement des financeurs publics. Le détail de l'opération et ses risques sont présentés sur la fiche projet.
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Vous aussi, accélérez la transition énergétique en soutenant l'école de référence qui forme des personnes en reconversion aux métiers en tension du bâtiment et de l'énergie.







