Après un été 2026 marqué par la sécheresse, les canicules et une saison de feux de forêt record, l'adaptation de l'agriculture n'est plus une question d'avenir. Comment construire des fermes capables de continuer à produire dans un climat incertain, tout en restant viables économiquement ? Nous en avons parlé avec Marion Enzer (Fermes d'Avenir), Laurent Piermont (Printemps des Terres) et Etienne Debarnot, éleveur dans l'Allier.
Résumé
- La trajectoire de référence retenue par l'État prévoit un réchauffement de +4 °C en France hexagonale à l'horizon 2100.
- Haies, couverture des sols, agroforesterie et réserves d'eau atténuent déjà les effets des sécheresses, sans rendre les fermes invulnérables.
- Le principal frein à la transition n'est plus technique mais financier, notamment l'accès au foncier pour les jeunes agriculteurs.
- Le Printemps des Terres, foncière jusqu'ici réservée aux institutionnels, ouvre pour la première fois son capital aux particuliers via Lita.
Adapter l'agriculture : bien plus qu'un changement de variété
La Trajectoire de réchauffement de référence pour l'adaptation au changement climatique (TRACC), inscrite dans le Code de l'environnement en janvier 2026, retient un scénario de +3 °C au niveau mondial en 2100, soit environ +4 °C en France hexagonale. Pour Laurent Piermont, il faut surtout raisonner en termes de dérèglement : des événements extrêmes plus fréquents, des hivers plus humides et des étés plus secs.
Pour Fermes d'Avenir, s'adapter ne se limite pas à changer de variété ou de technique. Il s'agit de repenser le modèle de la ferme dans son ensemble : gestion de l'eau, des sols, de la biodiversité, stockage du carbone, mais aussi organisation du travail et débouchés commerciaux. Cet été, Marion Enzer a vu des maraîchers du Val-d'Oise se lever bien plus tôt, faire une longue pause en milieu de journée et vaporiser de l'eau en continu dans leurs serres pour préserver leurs cultures.
En forêt, l'enjeu se compte en décennies : la plupart des arbres actuels vivront d'ici la fin du siècle sous un climat auquel ils ne sont pas adaptés. Les forêts migrent naturellement de quelques mètres par an, quand le climat se déplace de plusieurs kilomètres. Il faudra donc les aider, en remplaçant progressivement les essences inadaptées.
Ce que l'agroécologie change déjà sur le terrain
Sur les parcelles plantées en agroforesterie il y a quatre à six ans, les bénéfices sont visibles : les sols couverts gardent mieux l'humidité, les arbres apportent de l'ombre aux animaux. Marion Enzer cite des poules pondeuses dont la ponte a moins baissé que sur des parcelles sans arbres. Mais ces pratiques restent « indispensables mais pas suffisantes » : elles ne rendent pas les fermes invulnérables.
Etienne Debarnot, installé depuis deux ans sur 220 hectares en polyculture-élevage bio dans le bocage bourbonnais, l'a constaté pendant les épisodes à 40 °C de l'été. Ses vaches et ses brebis se sont autant nourries dans les bois et les haies que dans des prairies devenues inexploitables. Sous les grands chênes, l'herbe redémarre plus vite après la sécheresse. Son étang, en cours de restauration, doit lui permettre d'irriguer luzerne et jeunes prairies et d'abreuver ses animaux sans dépendre du réseau public.
Sur la ferme d'Etienne : 25 km de haies entretenues et 3 km de nouvelles haies plantées, financées par le Printemps des Terres
Le foncier, premier verrou de l'installation
Selon les intervenants, le frein principal à la transition n'est plus technique : formations, expérimentations et plateformes d'échange se multiplient. Il est financier. Changer de pratiques demande du temps, de l'investissement et une prise de risque, d'autant plus difficile après une sécheresse ou un épisode de grêle.
Pour un jeune agriculteur, l'achat des terres s'ajoute à la reprise du matériel et du cheptel. Etienne avait déjà plus de 600 000 euros d'emprunts : acheter en plus 150 hectares était impossible. Le Printemps des Terres a racheté les terres, qu'il lui loue, et finance les investissements écologiques (haies, zones humides, restauration de l'étang). Etienne dispose d'un droit irrévocable de rachat à partir de la cinquième année, sans obligation, transmissible à ses descendants. Les cinq premières années correspondent au temps nécessaire pour réaliser les travaux écologiques.
{{invest-block}}
Le modèle repose aussi sur les entreprises : elles financent les haies plantées, labellisées Label bas-carbone du ministère de la Transition écologique, ce qui permet de rémunérer l'agriculteur pour le carbone stocké et la biodiversité préservée.
Rémunérer le « deuxième métier » des agriculteurs
Fermes d'Avenir défend l'idée que les agriculteurs exercent deux métiers : produire notre alimentation, et préserver des biens communs (eau, sols, climat, biodiversité) sur près de la moitié du territoire. Seul le premier est rémunéré. L'association développe des outils de comptabilité écologique pour chiffrer la dette écologique des fermes et le coût de leur transition, puis mobiliser les financeurs.
Les intervenants rappellent aussi les risques : Laurent Piermont cite un fermier partenaire revenu au conventionnel lorsque le prix du lait bio est passé brièvement sous celui du lait conventionnel. Côté formation, Fermes d'Avenir indique que 70 % des personnes passées par ses parcours deviennent effectivement agriculteurs.
Comment agir en tant que citoyen
Trois leviers ressortent des échanges : accepter le juste prix de l'alimentation (moins de viande mais de meilleure qualité, moins de gaspillage), recréer du lien direct avec les agriculteurs, et orienter son épargne vers des projets agricoles et fonciers à impact. C'est dans cet esprit que le Printemps des Terres ouvre pour la première fois son capital aux particuliers via Lita, afin de permettre l'installation d'autres agriculteurs. Comme tout investissement en actions non cotées, il comporte un risque de perte en capital et d'illiquidité.
Vous aussi, rejoignez la foncière agricole au service de la transition écologique et de la résilience des territoires en France

.jpg)





